C'est sans doute l'une des chansons les plus cochonnes des années 80. Sabrina déclarant qu'elle veut des hommes, avec son haut de bikini qui glisse, qui glisse... Comme il s'agit d'une one-hit-wonder, je vais en parler dans le style de Todd in the shadow...
Introduction
Dans les années 80, les clips apparurent. En France, ils prenaient parfois la forme de véritables court-métrages. Des réalisateurs comme Luc Besson ou plus tard Michel Gondry ont fait leurs premières armes avec des clips.
Et parfois, c'était très cul. Avec des seins, voire des touffes bien visibles. Là, les artistes s'abritaient généralement derrière un alibi artistique : hommage à Reiner Weiner Fassbinder pour Alex Bauer ou à Stanley Kubrick pour Mylène Farmer.
Puis, un beau jour de 1988, on découvrit le clip de Sabrina, Boys. La chanteuse Italienne n'y allait pas par quatre chemins. Elle voulait des mecs. Des mecs qui bandent, parce qu'il faut qu'ils la baisent, là, maintenant. Elle chantait cela tout en offrant des œillades suggestives et en remontant son haut de bikini.
Ce fit l'effet d'une bombe. Tous les hommes d'Europe connaissaient cette Italienne à forte poitrine. Qu'on la trouve sexy ou vulgaire. Puis elle disparut presque aussitôt. Personne ne serait capable de citer un autre succès d'elle.
Avant le tube
La chanson Italienne a longtemps été une chanson de qualité. En parallèle, avec la pop music, des producteurs commencèrent à lancer des 45 tours à la chaine. Ennio Morricone débuta comme cela. Plus tard, avec Giorgio Moroder, la chanson Italienne prit le virage disco.
La recette était simple : un rythme entrainant -pour les pistes de danse- et un artiste photogénique -pour mieux passer lors des tournées de gala-. Giorgio Moroder enchainait les disques d'or et ses titres étaient jouées jusqu'aux Etats-Unis. De quoi faire des envieux.
En plus, vers 1980, les Américains rejetèrent le disco. Or, les discothèques, elles, restaient ouvertes. Le rock FM, c'était bien pour les débuts de soirée, mais impossible d'enflammer la piste de danse avec ça !
Il y avait un manque et les producteurs Italiens s'y engouffrèrent. Ils usinaient du 45 tours à la chaine, espérant atteindre avec le dixième de la gloire de Giorgio Moroder... Parmi ces aspirants, il y avait Claudio Ceccheto. Au tournant des années 80, il chercha à percer par lui-même.
Faute de mieux, il se tourna vers la production. Il débuta avec People from Ibiza pour Sandy Marton. Un tube d'Italo-disco générique, qui n'a jamais traversé les Alpes. En fait, les Ryan Paris, Baltimora, Righeira, Tony Esposito et cie. n'étaient que la partie émergée de l'iceberg. Comme souvent, les productions les plus nulles ont été oubliées.
Claudio Ceccheto produisit ainsi plusieurs 45 tours, sans connaître de succès. Puis ce fut la rencontre avec Sabrina...
Sabrina Salerno est née en 1968, près de Gênes. Le dimanche, elle chantait à la chorale de l'église. Très vite, elle se sentit à l'étroit. Notez qu'elle faisait beaucoup plus que son âge. A 16 ans, elle fut élue miss Ligurie :
Sabrina quitta définitivement son village. Elle fut élu Miss Lido, elle se voyait mannequin et se mit à l'anglais. Ce maquillage de camion volé, cet air de merlan frit... Difficile de faire plus pouf...
Première tentative musicale : une apparition sur la RAI, où elle chantait les seins nus. Sa voix était particulièrement éraillée. Apparemment, le titre n'est pas sorti en 45 tours.
Elle se reconverti comme actrice. A 17 ans, elle fit une apparition dans Premiatissima. Dans le sketch, le très sérieux acteur Paolo Villaggio jouait un travesti nanard. Les comiques Gigi e Andrea tentent de draguer Sabrina. Mais Paolo Villagio était persuadé qu'ils en avaient après lui !
Dans le téléfilm Ferragosto O.K., elle jouait une jeune vendeuse, qui aimait flirter avec les clients masculins. Son surjeu était permanent. Visez la tenue...
Dans Professione Vacanze, le héros faisant semblant de lui apprendre à nager. Un prétexte pour la palper en public. Bien qu'il se contentait de tâter ses épaules et ses cuisses.
Sur grands écrans, elle fit une apparition dans la sexy-comédie Grandi Magazzini : une voleuse en lingerie sous son trench-coat. Elle enfilait une robe pour repartir avec. Un prétexte pour une scène sexy. Deux lignes de dialogue.
Dans le thriller érotique Sentences de mort, elle a deux scènes (mais zéro dialogues.) D'abord une séance photos, seins nus. Puis, alors qu'elle allait se doucher, le tueur libère un essaim d'abeilles. Piquée de partout, elle s'effondre, nue.
Sabrina voulue revenir à la chanson. Claudio Cecchetto composa son premier 45 tours, Sexy Girl, en 1987. Le producteur avait compris que l'italo-disco était terminé. L'heure était aux boites à rythmes et aux synthés pouët-pouët. Mais la mayonnaise ne prit pas.
Non, Sabrina n'était pas doublée. La technique de Claudio Cecchetto, plus subtile, consistait à faire appel à une seconde chanteuse. Cette dernière, plus talentueuse et parlant mieux anglais, recouvrait la voix de Sabrina. La star ne chantant en solo que pour le refrain.
Le tube
Pour le deuxième titre, Claudio Cecchetto s'est entouré de trois compositeurs ! Avec Malcolm Charlton, le producteur s'occupa de la musique.
Le rythme principal était au Roland D50. Avec un seul accord. Des boites à rythmes fournissaient la batterie. Un Casio CZ1 jouait les bass et un Behringer DM12 ajoutait des notes d'orgue. La partition tenait sur un Post-it.
Matteo Bonsato et Roberto Rossi étaient aux paroles. Certes, Pino d'Angiò ou Umberto Tozzi ont percé en Europe, tout en chantant en Italien. Mais le consensus, c'est qu'il fallait chanter en anglais. Clairement, aucun des deux ne maitrisait la langue. Ils n'avaient peut-être même pas conscience des sous-entendus salaces du refrain. Les couplets furent écris tant bien que mal, mais la séparation pré-refrain...
"Everybody, summertime love/You remember me ?/Everybody, summertime love/Be my love, be my baby..."
Pas de gros budget pour le clip. Il fut tourné dans la piscine d'un trois étoiles, près de Venise. De quoi coller avec l'image "estivale" de la chanson, sortie en mai.
A priori, il y eu beaucoup d'improvisations et d'économies. Faute de fond vert, deux personnes font tourner des parasoles derrière la chanteuse.
Le bikini que devait porter Sabrina était transparent et surtout trop petit. En conséquence, le haut glissait et dévoilait ses auréoles. Le réalisateur n'aurait rien remarqué sur le coup.
Le réalisateur a laissé tourner la caméra, filmant des scènes de piscine. Les clients de l'hôtel se muant en figurants. Parmi eux, un plaisancier qui n'ose pas sauter du plongeoir... Pour finalement, glisser, rebondir sur les fesses et tomber tête la première. Depuis près de quarante ans, des millions de spectateurs ont donc pu se moquer de ce plongeon ridicule.
En résumé : un rythmique simpliste, des paroles indigentes, un clip misérable... Mais grâce aux seins de Sabrina, c'est devenu un tube !
Boys fut un carton : N°1 en France et en Suisse, N°2 en Belgique, au Canada, en Grèce et en RFA, N°3 en Grande-Bretagne (où la BBC fit poser de pudiques bandes noires sur les auréoles de la chanteuse.)
C'était l'époque des magazines musicaux pour ados, avec poster central. Sabrina se retrouva ainsi au-dessus de milliers de lits... Elle réalisa aussi des shooting topless pour des magazines de charme.
Elle eu visiblement une amourette avec Anthony Delon. De quoi justifier une apparition du couple à la télé Italienne. Dans un sabir d'italien et de français, le fils d'Alain Delon explique que Sabrina adore faire l'amour sous la douche. Tout cela sous le regard d'une Sabrina gloussante.
La suite loupée
Il faut battre le fer, tant qu'il est encore chaud ! Sabrina et Claudio Cecchetto s'enfermèrent dans un studio. Le résultat, ce fut un album prénommé Sabrina. Il reprenait Boys et Sexy Girl.
La première nouveauté (et donc, troisième single) fut Hot girl. Le producteur n'avait pas compris que le succès de Boys tenait aussi dans sa simplicité. Un refrain facile à chanter. Sur la face B, Kiss. Une chanteuse -qui n'est ni Sabrina, ni son chœur habituel-, singeait Prince.
Ensuite, elle sorti Lady Marmelade. Ou plutôt Voulez-vous coucher avec moi ? Histoire de provoquer pour faire parler d'elle. Ce n'était toujours pas elle qui chantait et il n'y eu pas de clip de tourné.
Sabrina fit ensuite une reprise de Do ya think I'm sexy, de My Sharona et une dernière composition, Kiss me. Là, on l'entendait presque tout le temps. La seconde chanteuse n'intervenant que sur les séparations pré-refrain. Pour l'orchestration, Claudio Cecchetto s'appuyait sur son Roland et des boites à rythme. En comptant large, l'album Sabrina durait 30 minutes. C'est dire s'il a été bâclé.
Visiblement, Sabrina était une habituée des numéros musicaux de talk-show transalpin. Elle chantait en playback, en justaucorps ou en corsaire ultra-moulant. Les musiciens, à l'arrière-plan, faisaient à peine semblant de jouer.
Est-ce qu'elle a fait autre chose ?
A peine Sabrina était pressé, que la chanteuse retournait en studio. Elle avait connu le succès avec un modeste producteur. Alors avec un vrai producteur, c'était le carton assuré !
En 1988, Mike Stock, Matt Aitken et Pete Waterman étaient les rois de la dance. Kylie Minogue, Rick Astley, Mel & Kim, Jason Donovan, Samantha Fox ou Worlds Appart, c'était eux !
Le résultat, ce fut ce Super Sabrina.
Matt Aitken aurait trouvé qu'elle possède une belle voix. Problème : elle possède surtout un fort accent Italien. L'auditeur Anglais moyen n'y comprendrait rien. Donc doublage quasi-intégrale. Sabrina ne chantait que de courts refrains.
Matt Aitken voulait bétonner son image de sex symbol. Il avait compris que c'était l'une des clefs de Boys. D'où des vidéos très épicées, d'après les standards de la TV Britannique de l'époque.
Puis Sabrina passa entre les mains du maitre Giorgio Moroder. Pour la première fois, elle avait eu droit à de vraies arrangements. Et pour la première fois depuis la RAI, on n'entendait que sa voix.
Dans Like a yoyo, on voyait surtout les limites du talent de Sabrina. Côté chant, en anglais, soit elle parle, soit elle crie. D'où sa difficulté à gérer la séparation pré-refrain, vu qu'il faut y moduler sa voix... Elle ne savait pas danser, ni jouer la comédie. Quant à son univers, c'était les mecs et la drague, point. Autant dire qu'elle manquait sacrément de profondeur. Tout ce qu'elle possédait, c'est une démarche chaloupée et un regard de braise. On ne peut pas faire une carrière musicale avec ça !
A 21 ans, Sabrina Salerno avait épuisé son quart d'heure de célébrité. Elle retourna en Italie. Elle tourna dans la comédie Fratelli d'Italia. Pour une fois, elle avait un vrai rôle et elle restait habillée.
En 1992, Sabrina tenta de prendre le virage house music avec Over the pop. Un album destiné au marché Italien. Elle y chante d'ailleurs quelques titres dans sa langue et elle s'essaya à l'écriture.
Elle se met en couple avec son nouveau producteur, Enrico Monti. Il lui paye un studio à Trévise. Elle produisit un album en Italien... Puis elle tentera malgré tout sa chance dans la trans-dream, avec I love you.
Le boys band Alliage reprit Boys, pour l'émission Hit Machine. Chanté par des hommes, le titre avait des airs crypto-gay.
Cela donna des idées au distributeur français de Sabrina. Il fit remixer Boys, façon techno new-yorkaise. Du sur-mesure pour les clubs gays.
Elle eu un énième rôle quasi-muet de bombasse de service, dans une comédie Italienne bas du front. La nuance, dans Jolly Blu, c'est qu'elle jouait les MILF sur laquelle un groupe de soi-disant ados (joués par des comédiens plus vieux qu'elle) fantasmaient.
Au tournant du siècle, la voilà dans Eurotrash, avec Antoine de Caunes. Terminé, le maquillage outrancier. La chanteuse voulait apparaitre plus mature. Elle s'était également mise sérieusement à l'anglais et bientôt, au français.
A la fin de l'émission, elle parodia son tube Boys, renommé Schtroumpf !
A l'approche de la quarantaine, nouveau changement de vie. Sabrina fit désormais la tournée des galas. D'abord en solo, puis avec d'autres stars des années 80. Souvent comparé à l'Anglaise Samantha Fox (parce que poumonée...) Sabrina et elle firent des duos.
Est-ce qu'elle méritait mieux ?
Sabrina Salerno rêvait d'être une célébrité et à dix-huit ans, elle était effectivement omniprésente sur les écrans italiens... Sauf qu'elle n'avait pas grand chose à dire. Elle fut sans doute trop vite cataloguée pouf écervelée. Mais son envie de lumière a toujours primé sur le reste. Quitte à céder à la facilité. La facilité, c'était bien sûr le décolleté pigeonnant. Au moins, contrairement à d'autres célébrités, elle n'a pas eu de problème connu d'addiction ou de démêlés judiciaires et elle est restée raisonnable sur la chirurgie esthétique.
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