La Madone des sleepings


Un peu de littérature, aujourd'hui ! Voici La Madone des sleepings.

Ernest-Maurice Tessier fut grand reporter dans les années 10. Dans l'entre-deux guerre, ce globe-trotter se reconverti écrivain. Maurice Dekobra critiquait l'oisiveté et l'immoralité de la haute-bourgeoisie Européenne. Mais c'était pour mieux faire rêver le lecteur. Le tout avec un parfum d'érotisme. Les titres se voulaient évocateurs : Luxure, La volupté éclairant le monde, Le sabbat des caresses...

La Madone des sleepings est paru en 1925. Les sleepings, ce sont les wagons couchettes (sleeping-cars) de l'Orient-Express. La rumeur disait qu'entre Paris et Constantinople (Istanbul), les riches voyageurs partouzaient joyeusement. Guillaume Apollinaire avait déjà décrit une scène d'orgie (se terminant en double-meurtre) dans Les cents mille verges, en 1905.
Mais comme souvent, dans ce genre de romans de hall de gare, il y a tromperie sur la marchandise. L'ouvrage débutait effectivement sur Lady Diana, une aristocrate Ecossaise qui ouvrait ses trois orifices à ses amants. Mais très vite, le narrateur se concentrait sur son secrétaire, le prince Seliman. Tessier/Dekobra nous fait son Mary Sue ! Le prince Seliman est non seulement un homme d'affaires polyglotte, mais il sait démanteler un réseau d'espion Soviétiques, trouver du pétrole et "retourner" une jolie lesbienne ! Le tout entre deux virées en Hispano-Suiza et deux parties de jambes en l'air. L'intrigue est un peu kitsch. Le prince Seliman semble être un père caché du Malko Linge (alias SAS) de Gérard de Villiers.

L'intérêt du roman, c'est cette photographie d'une Europe de l'Entre-Deux Guerre. L'aristocratie finissante, une bourgeoisie qui tente la supplanter et le péril Rouge, en toile de fond. L'aristocratie du XIXe siècle voyageait beaucoup, mais c'était toujours en s'abritant derrière des prétextes scientifiques (notamment l'archéologie) ou médicaux (avec le développement des cures.) Dans les années 20, la voiture et le trains ont réduits les distances pour qui a les moyens. Alors les riches voyageaient d'une soirée à une autre. Soit dit en passant, Maurice Dekobra évoquait aussi l'enfer kafkaïens de la machine judiciaro-carcérale Soviétique, bien avant Soljenitsyne.

Et le sexe ? Maurice Dekobra et son éditeur Baudinière devaient danser avec la censure. Le sexe y est complètement débridé. Mais il se fait discret ; à peine une ou deux phrases pleines d'images, à chaque chapitre. Il faut connaitre les double-sens du vocabulaire libertin d'autrefois pour le voir.
La Madone des sleepings n'est pas un roman érotique stricto sensu. C'est davantage une polissonnerie.

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