Suite de l'histoire des films pornos tricolores. J'ai évoqué les premiers films, un peu naïfs, parfois artistiques. Voici l'heure des cassettes vidéo, avec davantage d'appâts du gain et une vogue de "l'hard crade" qui semble bien soft aujourd'hui...
Dans le X, point d'évolution. L'histoire est constituée de cassures, avec de nouveaux acteurs et un nouveau modèle économique. Et ces nouveaux-venus balayent les anciens. C'est le cas des cassettes vidéos.
Lorsque l'on parle de cassettes, on évoque en fait deux inventions : la Betacam et la VHS. Deux inventions contemporaines, liées, mais différentes.
A l'origine, il n'y avait non pas un, mais trois standards de cassettes vidéo pour magnétoscopes. Le Betamax de Sony (et Thompson), le V2000 de Philips (et Grundig) et le VHS de JVC. Tous trois sont apparus au milieu des années 70. Le talent de JVC fut de convaincre les autres fabricants Japonais d'électronique grand public (hors Sony) d'adopter son standard. Au début des années 80, la cassette VHS avait gagné le match.
En 1982, alors que la Betamax était marginalisée, Sony lança une caméra numérique fonctionnant avec un dérivé de ce format : la Betacam.
Le gain était visible à tous les étages. La Betamax était moins chère et plus facile à manipuler qu'une caméra de cinéma. L'équipe technique était réduite et comme il y avait moins de réglages préliminaires, les tournages étaient plus courts. Enfin, au lieu d'un banc de montage, il ne vous fallait plus qu'un magnétoscope professionnel. Et comme votre budget et votre temps de tournage avaient baissés, vous pouviez tourner davantage de films.
Avec 300 lignes (puis 400 lignes), l'image était de très mauvaise qualité. C'était d'autant plus visible dans les salles de cinéma. Les réalisateurs et actrices des années 70 refusèrent ces conditions misérables. Les acteurs eux, continuèrent.
Mais la Betacam s'était trouvé un allié : la VHS. En 1980, un magnétoscope premier prix valait 6 500 francs, soit plus d'un mois de SMIC. Il se vend tout de même 260 000 magnétoscopes par an. En 1981, François Mitterrand arriva au pouvoir et augmenta les salaires. Cela déclencha une inflation... Mais les prix des produits importés -notamment les magnétoscopes, venus du Japon- restèrent les mêmes. En 1982, il se vendit 650 000 magnétoscopes. Un quasi-blocus des importations en 1982, puis la rigueur, en 1983, douchèrent les ventes. François Mitterrand a-t-il pénalisé les fabricants Japonais pour favoriser les industriels Français ? Ou bien était-ce pour ménager la chaine Canal+, alors en gestation ?
Ce n'était que partie remise. La technologie se démocratisant, les prix baissèrent : environ 4 000 francs pour un premier prix en 1990 et 2 000 francs en 2 000. En toute logique, les ventes remontèrent, avec un pic à 2,8 millions en 2000, juste avant l'arrivée du DVD.
Un point technique à préciser, c'est qu'en France, nous utilisions le standard SECAM. Le reste de l'Europe utilisant le standard PAL et les Etats-Unis, le NTSC. Ce qui impliquait de posséder à la fois une télévision, un magnétoscope et des cassettes SECAM. Les magnétoscopes "dézonés" PAL-SECAM, puis PAL-SECAM-NTSC n'arrivant que sur le tard. Cela garantissait aux producteurs de porno de disposer d'un marché captif, à défaut de pouvoir exporter.
Francis Mischkind, patron d'Alpha France, fit transférer ses films en cassette. Il racheta également des catalogues. Editeur de roman-photos pornos, Marc Dorcel prit une Betacam et s'improvisa réalisateur... Devant le résultat, il préféra se contenter de produire ! Plusieurs maisons de production éclosent, mais outre Marc Dorcel, la seule qui fut pérenne fut Colmax. Les éditeurs de films "normaux" en vidéo, comme Cinevog, Laura Vidéo ou Proserpine, produisirent également quelques titres pornos.
Dans un premier temps, les films vidéos étaient proches, sur le fond, des films tournés avec une caméra de cinéma. La mode était aux parodies fauchées et paillardes de succès : Trois zobs et un cul fin, Blanche fesses et les sept mains, Qui veut la bite de Roger Rapeau... Sans oublier les titres franchement vulgaires, comme Change de trou ça fume, Je veux le cul et la chatte...
Alain Payet avait réalisé quelques films indépendants. Mais son truc, c'était le sexe. Après quelques pornos dans les années 70, il se réinventa sous le pseudonyme de John Love. Place au porno sans limite ! Après tout, avec la Cicciolina, les Italiens allaient déjà très loin. La doctoresse à des gros seins (1988) révolutionna le X Français. Il y eu ensuite Bourgeoise le jour et pute la nuit ou Prouesses anales pour mannequins de luxe.
La photo est dégueulasse. La musique se limite à un solo de saxophone (recyclé sur plusieurs films.) Melody Kiss, son actrice principale, est spécialiste du regard-caméra et des répliques récitées sur un ton monocorde. Pas grave, chez John Love, ce qui compte, c'est le sexe : sodomies à gogo, double-pénétrations, godemichets, travestis, nains, obèses...
Voir un film X en salle, c'était un coup à se faire griller par le voisin à la sortie. Acheter une cassette, c'était beaucoup plus discret ! Les sex-shops se multiplièrent. Mais les vidéo-clubs proposaient également un rayon X. On trouvait des cassettes pornos jusque dans les supermarchés ou dans le catalogue de La Redoute ! Vidéo 7, mensuel d'actualité VHS, possédait de nombreuses publicités de vépécistes du X, avec cassettes livrées sous plis discrets...
Dans ce contexte, il fallait se battre pour une tête de gondole. La quantité primait sur la qualité. C'était le temps des jaquettes volantes, qui survendaient le contenu. On commençait aussi à voir apparaitre les best of et autres compilations.
Entre deux sous-Emmanuelle, Francis Leroy tourna Rêve de cuir (1991.) Zara Whites se faisait sodomiser debout, dans une ambiance mystique. Gros succès chez La Redoute ! Le réalisateur venait de trouver le compromis entre le hard et des films plus traditionnels. Ce fut l'un des rares porno français vraiment soigné de l'époque. Néanmoins, Francis Leroy refusa une production en série. Il y eu tout de même un Rêve de cuir 2 (1993.)
Pendant ce temps, la technologie progressait et devenait moins chère. L'apparition de caméras (8mm et VHS) grand public fut une aubaine pour le porno-réalité. L'idée était de filmer caméra à l'épaule des "vrais gens". L'improvisation et la spontanéité justifiant un aspect brut.
Ex-actrice chez Marc Dorcel, Laetitia travailla pour un magazine porno. S'inspirant des Américains, elle eu l'idée de faire du X amateur. Le producteur étant son mari. En 1991, elle tourna un premier Intimité violée par une femme. La réalisatrice n'hésitait pas à haranguer les spectateurs : "Ca vous plait, bande de vicieux ?" Voire à rejoindre le couple. Devant la caméra, il y a eu quelques authentiques couples échangistes, mais aussi beaucoup d'acteurs et d'actrices qui se servirent de Laetitia comme tremplin vers le X : Océane, Julia Chanel, Ian Scott, Dolly Golden, Draghixa, Raffaëlla Anderson... Beaucoup de scènes étaient filmée chez des couples. Néanmoins, parfois Laetitia privatisait des restaurants ou des hôtels pour de simili-fiction.
Laetitia était une marque forte, au début des années 90. Un pilote de rallye était même sponsorisé par le 3615 Laetitia ! Mais après tout, (presque) tout le monde pouvait acheter une caméra et filmer des amateurs. La concurrence fit de plus en plus rage. Puis elle divorça de son mari, les ex-époux se battant pour la propriété d'un énorme catalogue.
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