C'est l'été. Profitons-en pour faire une série. En l'occurrence, voici l'histoire du porno Français. Premier épisode : l'âge d'or des salles de cinéma X (1974-1985.) Sortez les pantalons en velours et les mocassins à gland !
En fait, dès que la caméra est apparue, quelqu'un a eu l'idée de filmer du porno avec. Les maisons closes possédaient des salles d'attente et on y diffusait en boucle du porno. Qu'il s'agisse de faire patienter un client ou de lui redonner de la vigueur... Des couples libertins, notamment les gays et les lesbiennes, se filmaient. Sans oublier les naturistes et autres militants d'une libération des corps.
Mais il s'agissait de films clandestins, extrêmement confidentiels. On ne pouvait pas parler d'un milieu, avec des acteurs ou des producteurs. Il n'y a pas vraiment de lien avec le porno contemporain. Idem pour les films muets qui passaient en boucle dans les cabines des sex-shops des années 70.
Emmanuelle
Le film fondateur du X Français, n'est pas un film X stricto sensu ! Emmanuelle semble bien soft, aujourd'hui. Mais en 1974, ce fut un scandale ! Maurice Druon, alors ministre de la culture, voulu tout simplement l'interdire. Georges Pompidou mourut peu après et Alain Peyrefitte succéda Druon à la culture. Le nouveau ministre était davantage partisan d'une surtaxe des films avec des pénétrations non-simulées. Le 31 octobre 1975, le classement X apparaissait. Les films pornos avaient désormais un cadre légal et ils purent prospérer.
Depuis quelques années, des cinémas diffusaient des pornos US : Gorge profonde, Derrière la porte verte... Des films souvent mal doublés et avec des histoires qui ne parlaient pas au public. Malgré tout, le succès était là.
Avec l'apparition du Classement X, des réalisateurs Français purent enfin légalement tourner des pornos.
Dans les années 70, la France possédait un cinéma indépendant (pas forcément d'art et d'essai) très fécond. Entre promotion de la libéralisation des mœurs et appât du gain (parfois les deux), beaucoup se reconvertirent dans le porno. Impex Films, connu dans les années 90 avec Farinelli ou Les caprices d'un fleuve, produisit aussi Brigade call-girl ou Les demoiselles du pensionnat. Réalisateur à peu près sérieux, Claude-Bernard Aubert tourna du porno à la chaine sous le pseudonyme de Burd Tranbaree. Quant à Jean Rollin, il utilisait les profits de ses films X pour tourner des films "tradi". Certains de ses acteurs et actrices favoris l'accompagnèrent dans le porno. Et pour son fauché Les trottoirs de Bangkok, il fit appel à l'actrice X Yoko, unique Asiatique sachant jouer dans le Paris des années 70 !
Dans les années 50, la télévision était un objet pour riche. Mais dans les années 60, le nombre de téléviseurs, en France, augmenta quasiment d'un million supplémentaire par an ! En 1970, plus de 10 millions de foyers en possédaient une. Il y avait une deuxième chaine depuis 1959 et en 1972, une troisième chaine apparaissait. Désormais, le soir, les Français restaient devant leur télévision. D'autant plus que beaucoup l'achetaient à crédit, alors maintenant, il fallait la regarder !
Les films étaient diffusés en continue. Bien sûr, on y allait pour se masturber. Certains jouissait, s'essuyaient sur le tissu des sièges (!) et repartaient aussi sec. D'autres restaient plus longtemps, guettant les couples. Ces derniers venaient, par goût de l'exhibitionnisme. Les spectateurs s'asseyaient près d'eux. Les femmes seules tenaient de la légende urbaine. Les gays racontaient que certains hétéro se laissaient caresser, dans l'anonymat de la salle obscure...
C'est aussi une consolidation des acteurs. Place à des actrices récurrentes comme Marilyn Jess, Cathy Stewart ou Brigitte Lahaie. Ce sont les premières vraies actrices professionnelles, sans activité en parallèle. Des filles mignonnes, mais qui gardaient la tête sur les épaules. Côté mecs, le principal, c'était d'avoir un sexe énorme, qui fonctionnait sur commande ! Le grisonnant Alban Ceray, le chétif Richard Allan ou le pas très beau Piotr Stanislas n'étaient pas des gravures de mode !
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