Suite de l'anthologie du X Français. Après les salles obscures et les cassette vidéo, voici... La télévision ! Tcha !
Aujourd'hui, on crée des nouvelles chaines de télévision tous les quatre matins. Et on s'en fiche.
Mais dans les années 70-80, chaque nouvelle chaine faisait l'objet de tractations au sommet de l'état. Le projet d'une quatrième chaine fut évoqué dès 1978. 6 ans plus tard, le 4 novembre 1984, André Rousselet, un proche de François Mitterrand, lançait officiellement Canal +. Ce fut la première chaine à capitaux privée. Pour la recevoir, il fallait disposer d'un décodeur. Accessoirement, c'était la première chaine à émettre 24h/24.
Jusqu'au début des années 90, Canal + s'est beaucoup cherchée. Elle multiplia les émissions et les programmes, espérant que dans le lot, quelque chose marcherait. Le point commun de ces tentatives est qu'elles ne ressemblaient pas à ce que les autres chaines diffusaient.
Et parmi les tentatives, il y eu le porno. En juillet 1985, la chaine cryptée diffusa Caligula. Ce n'était pas un vrai porno. Il s'agissait d'un péplum lambda, dans lequel la production ajouta a posteriori de courtes scènes de sexe. Puis ce fut Exhibition, en août. Le fruit défendu, en septembre, fut le premier vrai porno. Ensuite, Canal + diffusa un film porno, le premier samedi de chaque mois (avec cinq rediffusions.) Essentiellement des films Américains doublé en français par Blue One. Ainsi que des pornos des années 70, dont le catalogue appartenait à Alpha France... Alias Blue One.
Le CSA imposait tout de même un cahier des charges : diffusion après minuit, pas de godemichets, interdiction d'utiliser un crucifix comme sex-toy (?) et trois doigts maximum dans le vagin ou l'anus.
Canal + changea de braquet en janvier 1991 avec Le journal du hard. C'était une émission consacrée à l'actualité du porno, avec des interviews, des reportages... Le tout, en cinq minutes. Son premier présentateur fut Philippe Vandel. Un présentateur connu, capable d'évoquer le porno avec humour, mais sans vulgarité.
Officiellement, c'était avant tout une parodie du Journal du cinéma. Mais à l'époque, Canal + faisait preuve de pédagogie, à l'intention des nouveaux abonnés. Ils venaient de prendre un décodeur, donc on leur expliquait en quoi le golf ou les bisseries de Cinéma de quartier étaient bien. Avec une autopromo discrète. Le journal du hard vous vantait les mérites de tel nouveau film... Et quelques mois après, Canal + diffusait le film en question ! Le spectateur en avait l'eau à la bouche...
Car le porno évoluait. Rêves de cuir avait inauguré un nouveau genre : du porno avec davantage de budget, mais du sexe plus cru, inspiré du hard crade. Alain Payet, réalisateur star du hard crade, tourna Les visiteuses (qui ne fut pas diffusé par Canal +.) Puis en 1994, Marc Dorcel sorti Jean Rollin de la naphtaline pour Le parfum de Mathilde. Jean Rollin était alors persona non grata sur la chaine et ce fut longtemps son unique film diffusé !
Marc Dorcel avait trouvé son style. Il déclina ad nauseam ses histoires de puissants qui partousent dans des manoirs et font venir des ingénus (qui s'avèrent plus perverse qu'eux) : Citizen Shane, La princesse et la pute, Les nuits de la présidente...
Marc Dorcel débarquait chaque mois au quai André Citroën avec sa cassette sous le bras et Canal + en eu marre. Au pays du SECAM, VMD (Vidéo Marc Dorcel), Colmax et Blue One se partageaient le marché. La chaine tenta de diffuser du Private, mais il fallait découper de nombreuses séquences pour rester dans les clous du CSA...
La chaine commença donc à coproduire des films, comme elle le faisait dans le cinéma traditionnel. Pornovista fut le premier (et dernier) film de Pascal Hamelin Delaunay. Mais il permit de lancer HPG. Blue One revint à la production de ses propres films en embauchant Fred Coppula. Puis il y eu surtout le très créatif John B Root. Canal + lui achetait tous ses films !
Ainsi, c'est toute une génération de réalisateurs Français, qui pu dire merci à Canal +.
La chaine cryptée profita du X pour communiquer autour du sida et du préservatif, à la toute fin des années 90.
C'était jusqu'ici un non-dit dans le X. Il n'y avait pas encore de dépistage, ni de traitement préventif. Au moins, grâce aux trithérapie, on pouvait freiner les effets du sida. Cela expliquait les carrières très courtes des actrices : au bout de 3 ans, elles jugeaient qu'elles avaient assez joué avec le feu.
Chez Fred Coppula ou John B Root, le préservatif était présenté comme un élément de modernité. Niqueur Nés fut le premier film diffusés avec préservatifs dans toutes les scènes. Pourtant, les préservatifs d'alors, très lestes, ressemblaient surtout à des sacs plastiques.
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