Histoire du X Français : 4. Star 90

"Mesdames, messieurs, après la pub, nous allons recevoir une grande star du X. Elle vous dira TOUT, sans aucun tabou ! Une séquence à ne pas manquer." C'est la suite de notre anthologie du X Français.

Depuis toujours, les actrices porno apparaissent peu en dehors des films. Celles qui tentent une autre carrière doivent faire acte de repentance (cf. Laure Sinclair, Yasmine...)

L'autre solution, c'est de faire comme si de rien n'était. Comme l'apparition de Marilyn Jess dans le clips Idées noires. Punkette juvénile générique de John B Root, Ally MacTanya eu un second rôle dans Banlieue 13... Et ensuite, elle changea de pseudo pour faire oublier son passage dans Banlieue 13.

Toujours dans une idée d'autopromotion de ses programmes, Canal + invita des actrices X à des heures de grande écoutes. Zara Whites fut invitée à Nulle Part Ailleurs où finalement, elle n'avait pas grand chose à dire.

Tabatha Cash, elle, s'invite dans C'est pas le 20h. Exubérante, parlant de sexe sans aucune pudeur, elle est repérée. La voilà animatrice sur Skyrock, non pas malgré son passé d'actrice X, mais grâce à cela. Tabatha Cash fut la première actrice consciente de sa marque et qui chercha à la monétiser.

Franck Vardon avait créé un magazine pour les professionnels de la vidéo porno, en 1989. En 1992, il chercha à surfer sur la médiatisation du porno, via Canal +. Hot Vidéo devint LE magazine sur les cassettes X.
Surtout, Franck Vardon organisa une remise des prix à Cannes, à deux pas du festival. La presse "normale" assistait ainsi aux Hot d'or. L'occasion, pour des célébrités privées de tapis rouge, de se montrer devant les objectifs.
Inspiré par le star system du porno US, il créa un Salon de la vidéo Hot. Notons que Le journal du hard parlait beaucoup de la galaxie Vardon et vice versa.

A la même époque, Entrevue émergeait. Le magazine recherchait des personnes aimant provoquer, pour des interviews exclusives. Les actrices de X s'avérèrent de bonnes "clientes". D'autant plus que certaines (au hasard, Tabatha Cash...) adorent la notoriété. Elles sont heureuses de parler à une large audience.
Avec une vraie fausse candeur, Entrevue s'étonnait ensuite de la médiatisation du porno...

En parallèle, la télévision évoluait. Les fins de soirées avaient longtemps été dévouées aux émissions intellos ou politiques (cf. Le cercle de Minuit, Bouillon de culture, A la une sur la trois...) Place aux montreurs d'ours, avec invités qui s'écharpent et "petites phrases". Inviter une actrice X, c'était bétonner son générique à peu de frais.

Bientôt, certaines firent le tour des plateaux. Katsuni/Céline Tran affichait une grande distance avec tout. Look gothique, Ovidie se drapait dans son image d'intellectuelle. Enfin, bien qu'étant Italien, Rocco Siffredi était un invité de choix. Très cabot et rigolard, il mettait de l'ambiance. Sachant que, CSA oblige, interdiction de parler explicitement de sexe ! Aussi, les acteurs de X sont souvent pudiques, voire mutiques, sur leur vie privée. Les invités ne disaient donc pas grand chose et de toute façon, au bout de quelques secondes, l'animateur leur coupait la parole.

En 1990, M6 commença à diffuser des téléfilms érotiques. Un moyen pour attirer de l'audience, un dimanche soir. Evidemment, pas de vraies pénétrations. Le CSA imposait des quotas de production françaises. Le téléfilm devint un moyen de remplir son quota. M6 sous-traitait à la mystérieuse maison Shoot Again. Cette dernière utilisa les actrices de X comme produit d'appel : Laure Sinclair, Julia Channel, Jade, Maud Kennedy, Katsuni, Melanie Coste ou Clara Morgane défilèrent. Elles permettaient de garnir le générique et elles, elles n'avaient aucun scrupules à se déshabiller ou à se frotter à d'autres femmes...

Et pourquoi pas du X dans de vrais films ? Rocco Siffredi montra son X et pénétra (ou pas ?) une femme dans l'oubliable Romance X. Titoff s'est tapé Ovidie, sous le regard de Jean-Pierre Léaud dans Le pornographe. Enfin, Virginie Despentes a elle-même adapté son roman Baise-moi avec Karen Lancaume et Raffaella Anderson (sous oubliez Coralie au scénario.)

Tous ces films étaient assez moyens, racoleurs, avec des scènes de sexe non-simulées qui tombaient comme un cheveu sur la soupe. Quant aux acteurs pornos, ils n'étaient là que pour coucher face-caméra.

Puis ce fut la mode des livres. Rafaella Anderson se fit écrire son autobiographie, Hard. Tout le reste du casting suivit. Ovidie, HPG ou Céline Tran suivirent. Tous ces ouvrages développaient les mêmes poncifs : le porno comme étape ultime de la libéralisation sexuelle et une vision misérabiliste des tournages.

Des livres et moi fut une éphémère émission littéraire. Frédéric Beigbeder parlait de la culture littéraire Frédéric Beigbeder et des livres que Frédéric Beigbder aimait. D'ailleurs, il écrivit un livre dessus, où il était en couverture. Estelle Desanges fut recrutée pour lire les passages osés des livres chroniqués.

Dans les années 2000, le porno commençait à faire parti de la pop-culture. Les blogs d'actualité cherchaient des angles pour se distinguer de la presse papier. Fluctuat, à son apogée, lança un blog consacré au sexe, au sens large. Pingoo était davantage dans un humour potache. Quant aux blog Les 400 culs d'Agnès Giard, c'était un moyen pour Libé d'essayer de rajeunir son public. Avec davantage une orientation sexologie/queer culture.

Avec l'apparition des télé-réalités, puis des chaînes de la TNT, le besoin en actrices X explosait ! Et bien sûr, il fallait de nouvelles têtes. Mélanie Coste a loupé le coche. Pas Clara Morgane.

Clara Morgane n'aura tourné que dans une dizaine de films. Presque toujours avec ses copains successifs, Greg Centauro, puis Fred Coppula. Sébastien Barrio est l'un des seuls autres acteurs masculin à se l'être tapé. Qui plus est, elle tourna dans du très soft. Néanmoins, elle comprit très vite qu'elle pouvait tirer parti de son nom. D'abord en écumant les plateaux télés. Après des tentatives râtés dans la musique et le cinéma, elle trouva sa voie dans l'animation. Journal du hard, poker, bêtisiers de fin d'année... Le tout, avec des calendriers en bikini, du téléphone rose, des pubs, etc. Clara Morgane a fait son bout de chemin, en capitalisant sur son image d'actrice de X.

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